09-06-2026 07:01 - Mauritanie : les six derniers mis en cause du dossier de la Cour des comptes blanchis, interrogations sur les 410 milliards d’ouguiyas
TRUST Magazine - Après plusieurs mois de procédures judiciaires, les six derniers responsables poursuivis dans le cadre du retentissant dossier issu du rapport 2022-2023 de la Cour des comptes ont bénéficié d’un non-lieu ce lundi 8 juin 2026.
Cette décision met un terme aux poursuites engagées dans ce qui avait été présenté comme l’un des plus importants scandales financiers de l’histoire récente de la Mauritanie. Mais elle soulève désormais une question centrale : si personne n’est pénalement responsable, qu’est-il advenu des 410 milliards d’ouguiyas d’irrégularités relevées par les auditeurs ?
L’équipe spéciale d’instruction chargée de la lutte contre la corruption a prononcé un non-lieu en faveur des six derniers responsables encore poursuivis dans l’affaire dite du « dossier de la Cour des comptes », estimant que les faits examinés ne comportaient pas d’éléments constitutifs d’une infraction pénale.
Cette décision intervient après que les 24 autres personnes citées dans le dossier avaient déjà bénéficié d’un classement sans suite pour insuffisance de preuves. Au total, les 30 responsables visés par les investigations judiciaires sont désormais hors de cause sur le plan pénal.
Publié en 2025 et transmis aux plus hautes autorités de l’État, le rapport de la Cour des comptes sur l’exécution du budget de l’État pour les exercices 2022 et 2023 avait provoqué une onde de choc dans le pays.
Le document faisait état d’irrégularités financières estimées à environ 410 milliards d’ouguiyas (MRO), soit près de 1 milliard de dollars, évoquant des manquements allant de simples fautes de gestion à des actes susceptibles de constituer des infractions pénales.
Dans la foulée, une trentaine de hauts responsables avaient été limogés à l’issue d’un Conseil des ministres extraordinaire. Les autorités avaient alors affiché leur volonté de faire toute la lumière sur ces révélations.
Le président de la République, Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, avait déclaré qu’« aucune personne, quelle que soit sa position, n’échappera à la sanction » si sa responsabilité était établie.
La clôture judiciaire du dossier ne met toutefois pas fin aux interrogations suscitées par le rapport. Si les magistrats ont estimé que les éléments réunis ne permettaient pas de caractériser des infractions pénales ou de démontrer des responsabilités individuelles, les constats de la Cour des comptes demeurent inchangés sur le plan administratif et financier.
Cette situation alimente le débat au sein de l’opinion publique, de la classe politique et de la société civile, notamment sur le devenir des montants mentionnés dans le rapport.
C’est désormais la principale question qui domine le débat public : comment expliquer l’existence d’irrégularités estimées à 410 milliards d’ouguiyas (MRO), sans qu’aucune responsabilité pénale n’ait été établie au terme des procédures judiciaires ?
Entre insuffisance de preuves, difficultés d’imputation individuelle et complexité des circuits de gestion des finances publiques, le dossier laisse derrière lui un profond débat sur l’efficacité des mécanismes de contrôle et de reddition des comptes.
Cette affaire constitue un test majeur pour la gouvernance publique en Mauritanie. Alors que la procédure judiciaire est désormais close, les conclusions de la Cour des comptes continuent d’alimenter les débats sur la transparence et l’efficacité des mécanismes de contrôle des finances publiques.
La principale interrogation demeure : comment expliquer des irrégularités de plusieurs centaines de milliards d’ouguiyas sans responsabilité pénale retenue ? Cette situation pourrait durablement influencer la perception de la gestion des deniers publics et la confiance dans les institutions de contrôle.
